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Le rédacteur de 'Petites Paroles d'Artistes', que nous nommerons PPDA ci-après par mesure de simplification, nous autorise à reproduire le contenu de son très fameux interview de Jacques Bonvin. Qu'il en soit vivement remercié.
PPDA: Jacques Bonvin, pourquoi si tard ?
Bonvin: Il n'est que 22 h 45.
PPDA: Je parlais de votre âge. A 62 ans, vous n'êtes plus vraiment très jeune, alors pourquoi si tard... comédien... humoriste... enfin, la scène quoi !
Bonvin: Vous auriez pu éviter de commencer en parlant de mon âge (poison de jeune, semble-t-il penser poliment) car, voyez-vous, j'ai encore des vues sur quelques filles et sur certaines bouteilles de Château Margaux.
J'ai l'impression que j'ai été guidé par les circonstances, les rencontres et mes lectures. Je ne me suis jamais dit qu'un jour je ferai ce métier. Je travaillais à Genève et je m'ennuyais dans cette ville où je ne connaissais personne. Je suis allé voir l'ami d'une connaissance qui jouait un spectacle amateur et il m'a proposé de jouer avec lui dans un spectacle de rue qu'il désirait monter à l'occasion du Festival de Théâtre d'été de Nyon. Tous les jours, nous animions les rues. A la suite de cela, je me suis inscrit aux cours de théâtre de Françoise Zimmermann que j'ai suivis pendant deux ans. Cette femme m'a beaucoup plu ('Arrêtez, bande d'obsédés, ça n'est pas ce que vous pensez !', semblent dire les yeux de Jacques Bonvin) et elle m'a transmis sa passion du théâtre. Merci Françoise, sans toi, j'aurais réussi dans mon métier de technicien-dentiste et je roulerai en BMW en lieu et place de mon scooter pourri.
Après être revenu à Lausanne, j'ai suivi ensuite les cours de l'école Karma. J'ai bien aimé suivre ces cours où on nous enseignait le texte, la Comédia, les arts martiaux… Pourtant, je devais souvent faire le poing dans ma poche, car j'étais à nouveau le plus vieux et je subissais, plus souvent qu'à mon tour, les sarcasmes de mes freluquets de camarades (ah, les chameaux de jeunes !). Plusieurs de ces étudiants d'alors sont aujourd'hui devenus d'excellents et renommés comédiens. Je n'en citerai aucun !
PPDA: Ah bon !? Pourquoi
Bonvin: Pour ne pas faire de publicité à ceux qui ne m'en font jamais… Quoique ? Hé, les garçons et les filles de l'école Karma, je vous aime.
PPDA: Vous semblez assez déçu par vos collègues ?
Bonvin: Non ! Chacun sait que dans ce milieu tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. Certains sont beaux, d'autres gentils, assez rarement les deux.
PPDA: Bonvin, quel drôle de nom ! Est-ce un pseudonyme ?
Bonvin: Ah ça non ! Mon vrai nom m'est bien trop utile. Pour preuve, sachez, mon cher PPDA, que je joue un spectacle qui s'intitule 'Les Deux sont tombés sur la tête', avec mon ami Frédéric Perrier.
PPDA: Bonvin-Perrier, il fallait le faire ! Et vous jouez souvent à deux ? Est-ce à dire que vous ne vous sentez pas suffisamment solide pour jouer seul, sans ... béquille ?
Bonvin: Môssieur, je vous signale que j'ai aussi un spectacle solo qui s'intitule 'Y me va que bien'
PPDA: Et comment marche ce spectacle ?
Bonvin: Je suis enchanté des échos et des réactions du public. J'ai eu la chance de pouvoir bénéficier du regard extérieur de mon ami Domenico Carli et d'un régisseur compétent, Denis Waldvogel. Tous les trois avons fait une bonne équipe, ce qui m'a donné confiance. C'était une très belle expérience. Pour me mettre dans l'ambiance, je pouvais répéter à 'l'Espace de Je'.
PPDA: C'est quoi cet 'Espace de Je' ?
Bonvin: C'est un petit cabaret-théâtre d'environ quarante places que j'ai créé dans la cave de mon amie Marinette Wannaz -ma grande histoire d'amour, mais ne le répétez pas, c'est un secret- pour permettre la découverte de nouveaux talents. La Suisse romande est pleine d'artistes de grande qualité qui peinent à trouver des lieux de jeu qui leur font confiance en prenant quelques risques. Je suis toujours étonné de constater l'originalité des artistes de chez nous. Un très grand nombre d'artistes a joué à 'l'Espace de Je' et je n'en suis pas peu fier. Là aussi, je ne devrais n'en citer aucun. Quoique...
Allez, soyons fou, j'en citerai quelques-uns en m'excusant auprès de ceux que je ne cite pas, faute de pouvoir les citer tous et si t'es pas d'accord, je m'en fous puisque c'est moi qui les cite. C'est clair ?
PPDA: On se tutoie ?
Bonvin: J'aimerais bien ne pas être interrompu ! Ont joué à 'l'Espace de Je' : Recrosio, Meury, Flütch, Lambiel, Viglino, Nicolet et Gossip, K, Romanens, François Vé, Rinaldi et Gossip, Perrier, Proust, Les Troglodytes, N. Rochat, F. Beltrando et Gossip. Et puis, encore Gossip en solo qui est venu y faire pousser quelques Poésies Bonsaï.
Pardon d'en oublier mais en bientôt dix ans de 'Je', j'ai vécu avec ma Marinette des moments tellement inoubliables... que j'en oublie.
PPDA: Vos spectacles ont été, j'imagine, joués chez vous ?
Bonvin: Oh que non ! J'évite de jouer chez moi. Je n'aime pas que les spectateurs pensent que ce lieu a été fait pour moi. Le premier spectacle monté l'a été au Théâtre du Vide-Poche à Lausanne et s'intitulait 'Le conférencier'… Bon, passons ! Il fallait bien commencer. Après moi, il y avait un certain Marc Donnet-Monay, pas encore épanoui. Mon deuxième spectacle s'intitulait “Joconde pour beurre”. Je l'aime bien celui-là parce qu'il me permettait de jouer plein de personnages. Un spectacle à reprendre un jour car il y avait autant de bonnes choses que de faiblesses, monté sans regard extérieur, faute de moyens. Il y a eu ensuite mon premier 'Bon Vin Chaud', dans une mise en scène de G. Dysen. J'ai beaucoup appris sur le jeu avec lui. Suit alors un deuxième 'Bon Vin Chaud' avec une mise en scène de Karim Slama. Finalement, j'ai créé, sous le regard extérieur de Domenico Carli, “Y me va que bien”, qui tourne en ce moment. Le personnage s'appelle Jacky d'Arthur et a été inventé pour une série télévisuelle que nous désirions produire Jacqueline Surchat, Domenico Carli et moi-même. L'action devait se dérouler à Chermignon et nous en avons tourné une maquette du premier épisode. Après le refus de la Télévision Suisse Romande de produire ce téléfilm, nous avons décidé, Domenico et moi, d'en faire une version théâtrale. Ce personnage a tout de même été vu à la TSR puisqu'il a été filmé lors de la Revue des 'Supers Seniors'.
PPDA: Des 'Supers Seniors' ?
Bonvin: C'était une émission de télé-réalité qui filmait les aventures de treize vieux (oui je sais, je devrais dire 'seniors', mais cela n'enlève en rien au fait que nous étions vieux puisque j'étais le plus jeune… belle revanche !) et qui devaient créer une revue en deux mois. Mon personnage, un vigneron valaisan, a eu un certain succès à cette occasion et il a aussi été présenté au Festival du Rire de Montreux 2005, puis filmé également par la TSR et programmé à plusieurs reprises.
PPDA: Si ce n'est pas encore la gloire, c'est la notoriété...
Bonvin: Je ne cherche pas la gloire, j'aimerais jouer souvent, c'est tout. C'est ce qui me motive à faire beaucoup de choses. J'ai aussi créé un festival de découvertes de nouveaux humoristes, 'DécouvRire', que j'ai momentanément abandonné après deux années, faute d'aide. Lors de la première édition, j'avais réuni pas moins de quinze humoristes romands ! A la deuxième, j'avais réussi à présenter des vedettes telles que Simon et Lapp, Karim Slama, Marc Donnet-Monay…
PPDA: Vous faites beaucoup de choses. Vous-même, avez-vous joué dans beaucoup d'endroits ?
Bonvin: Je ne veux pas énumérer tous les petits théâtres où j'ai joué. Je relèverai les extrêmes: Denezy, chez Bouillon -la plus petite scène-, Montreux, l'Auditorium Stravinski -la plus grande-, Paris, le Point-Virgule -la plus prestigieuse-. J'ai aussi participé à quelques émissions de radio (j'adore ça !) comme 'La Soupe est pleine' de RSR la Première, 'Les Patriotes' de Rouge FM, 'Lutte de Classe' de Couleur 3, etc.
PPDA: Quelle palette d'activités ! Mais ne me dites quand même pas que vous avez aussi fait du cinéma, hein ? Du vrai cinéma comme on voit à la télé avec des vraies caméras, des faux décors et des vrais acteurs ?
Bonvin: Je ne veux pas trop me vanter mais, en effet, j'ai tourné dans le film ' Fragile' de Laurent Nègre. Un très beau film avec, entre autres, Marthe Keller, où j'interprétais le rôle d'un prêtre (sic). J'ai adoré tourner car, contrairement à la scène, on peut reprendre les plans et recommencer jusqu'à pouvoir donner pleine satisfaction au réalisateur. Laurent Nègre est un très bon réalisateur qui sait être humain et comprend les comédiens. Merci Laurent, je reviens quand tu veux tourner avec toi, tu es quelqu'un de bien et de talentueux. Là, je suis sincère, bande de faux culs.
PPDA: Bravo et félicitations !
Bonvin: Merci ! Comme vous, je suis étonné de ce qui m'arrive. Si, si, je vous vois étonné. Cela dépasse de loin ce que j'espérais. Imaginez encore que je joue chaque année au spectacle de Noël de la paroisse de Lutry, quand ce n'est pas pour toutes sortes d'interventions lors de certains cultes. Ne le répétez pas, mais je suis un homme heureux. Je sais, cela ne se dit pas, mais puisqu'on est entre nous, je fais mon coming out. Oui, je suis heureux et hétérosexuel. Voilà, c'est fait ! Je dirais aussi que pour mon équilibre (je ne suis pas très équilibré quand j'ai bu) je pratique la course à pied, ce qui m'a emmené jusqu'au Marathon de New-York ! Mes 'exploits' américains ont été immortalisés dans le livre de Jil Silberstein "Le visage de l'homme", paru aux Editions 'Le temps qu'il fait'.
PPDA: Je suis conquis par ce parcours si original. Je peux vous embrasser ?
Bonvin: Je préfère vous dire ce que je dis toujours en conclusion de mes lettres : 'Embrassez ceux que vous aimez'.
PPDA: ... ?!
Bonvin: Est-ce que vous m'aimez, PPDA ?
PPDA: Oui, grand fou ! A part ça ?
Bonvin: A part ça, j'allais oublier la Bide Académie...
PPDA: Pardon ?
Bonvin: La Bide Académie ou la Bid'Ac ! C'est un spectacle qui permet à des humoristes de talent de jouer sur une scène et d'être ensuite 'jugés' par un jury dont le président est mon ami Daniel Rausis qui m'aime bien et que c'est pour ça que je l'aime bien aussi. Quand je vous disais qu'on s'aime dans ce milieu.
PPDA: Et cette Bid'Ac, c'est encore une idée à vous ?
Bonvin: Oui et cela permet de se confronter aux autres artistes et de montrer aux gens de chez nous les nouveaux talents. La Suisse romande est petite et il faut jouer souvent pour progresser. Cette Bid'Ac permet aussi de tester de nouveaux sketchs, faire des rencontres, draguer, découvrir son pays et... et... je commence à trouver cet interview ennuyeux, pas vous ?
PPDA: (se réveille en sursaut) Pardon ! Oui, oui, c'est... c'est comme vous le dites.
Bonvin: A part ça ?